soleil voilé

A day in the life

(Avant le déluge)

 

6h28. Mon réveil sonne. Je râle.
6h34. Je me lève. Je râle.
6h40. Je prends ma douche. J’essaie de me réveiller sans grand succès. Je râle.
6h55. Je commence ma pratique de yoga.
Mon corps me dit merci et ma tête commence à se réveiller.
8h. Je savoure un café au lait de cajou. Ou un vrai petit déjeuner.
8h24. Je termine de me préparer.
8h31. Je fais des aller retour en râlant parce que j’oublie toujours quelque chose ou je me décide toujours à avoir une maison impeccable et immaculée trois minutes avant de partir. Je râle.
8h40. J’enfile mes baskets.
8h41. Je mets mon casque sur les oreilles.
8h42. Je choisis qui je vais être.

C’est très simple, au fond. La musique suffit à me transformer complètement.
Je peux traîner des pieds en sortant de chez moi, et me sentir la reine du monde grâce à quelques notes.

I’m on fire. I’m a quaterback. I’m the party star. I’m popular.
I don’t care. I love it.

Je choisis l’humeur que je veux créer chez moi, qui j’ai envie d’être, où je veux aller, et je pars.

I am a passenger. I ride and I ride. I’m not afraid to die but to live too fast, too slow.
Je marche seul avec plus personne à qui faire la gueule.

Car oui, souvent, ce qui me ressemble, sans même que j’ai besoin d’aller le chercher, c’est cette rage, la rage qui me rend vivante jusqu’à ce qu’elle décide de me ronger, alors ces jours-là

I’m a soldier, I’m a survivor, Despite all my rage I am still just a rat in a cage, Fuck you I won’t do what you tell me.

Si je manque d’énergie mais que j’ai envie de rester un peu dans cet état, de semi-rêve, de mélancolie, alors je choisis d’écouter quelque chose qui me laisse me fondre complètement vers lui, I’m a creep, I’m a tree that grows hearts, I miss you, et tout le bordel.

La musique me permet de ressentir ce que je veux en mettant à distance l’émotion.

C’est comme une méditation qui permettrait d’observer mon état du sommet d’une colline.

Il ne s’agit pas seulement des paroles, comme on pourrait l’imaginer à lire les quelques lignes qui précèdent.
C’est toute la musique qui m’emporte.
C’est la musique qui me transporte là où je veux, dans l’état que je souhaite créer.

Il suffit de quelques notes pour changer le monde.
Pour changer mon monde.

Je peux être le centre du monde ou m’enfouir sous le poids des étoiles.

Je peux être tout ce que je veux.
Je peux être qui je veux.
J’oublie qui je suis.
Qui j’étais ce matin, hier, qui je serai demain.
J’oublie où je suis. Où je vais.
Je suis le monde entier et je parcours la planète à travers les décennies.
Je suis tout le monde et je ne suis personne.
Je suis tout et rien à la fois.

La musique a, comme les voyages, ce pouvoir magique de me rendre instantanément la liberté que mon incarnation me fait perdre.

Je peux être, indifféremment, cette goutte d’eau qui glisse le long de la vitre, cet amoureux transi, ce fou rire incontrôlable, ce petit pois qui aime le ciel et les arbres ou cette rage impuissante devant l’absurdité du monde.

Je peux être Marlène ou bien les soldats, je peux être à Woodstock, dans les rues de New York en hiver, dans le Vercors, je rêve de la Californie, j’écris des cartes postales, je vis mille et un voyages, mille et une vies.

La musique a ce pouvoir de me libérer des limites corporelles, psychologiques, des boîtes dans lesquelles on m’enferme.
Dans lesquelles je m’enferme.

Elle a ce pouvoir de me transporter instantanément ailleurs.

Longtemps, avant de savoir, avant de comprendre, j’ai rapproché ce pouvoir d’un pouvoir d’évocation.
Certaines musiques parlaient de certains moments de ma vie.
De certaines personnes.

J’ai confondu l’émotion créée volontairement et l’émotion d’origine.

Comme nous tous, j’imagine.

Comme nous tous, j’ai généré volontairement de la mélancolie en écoutant des chansons liées à des histoires d’amour.
Comme nous tous, j’ai parfois été incapable d’écouter certaines pistes à cause de ce pouvoir d’évocation.

En vérité, j’ai compris, il y a peu.
Que si la musique me permettait de recréer l’émotion, si elle me permettait de voyager, si elle me permettait de monter tout en haut de la colline pour observer ma vie d’en haut, alors c’est que je pouvais mettre à distance aussi les émotions du passé.
J’ai enfin compris qu’il m’était possible de dissocier l’émotion de la personne évoquée, du souvenir de ces moments.
De dissocier certaines chansons de mes chagrins d’amour pour les associer à autre chose.
J’ai enfin compris que ce pouvoir d’évocation était un pouvoir de création.
Que ce que je ressentais ne dépendait pas de la personne, du souvenir.
Ce que je ressentais m’appartenait.
Parce que c’était moi qui l’avais créé.

Il faut avoir une musique en soi pour faire danser le monde

F. Nietzsche

J’ai compris que ce qui fait résonner la musique que j’écoute, c’est ma musique intérieure.
Et pour le chaos en soi et l’étoile qui danse, on en reparlera**.

NDLR: j’invite tous ceux qui le souhaitent à identifier les pistes évoquées dans ce post, y compris si c’est pour me dire que j’écoute vraiment que des trucs mainstream.
 

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