vegan sheperd's pie

This is not a sheperd’s pie

Hey buddies!
Parler dans une langue étrangère, ça sonne tout de suite plus.
Plus class, plus hype, plus cool, plus posh, plus glam.
Par exemple.
« Ceci n’est pas un hachis parmentier », avouez, donnerait plus l’impression de se retrouver dans Bon appétit bien sûr que sur un blog aussi créatif et inventif et raffiné que le mien.
Voyez d’ailleurs comment, dans les subtilités de l’argumentation, j’arrive à vous faire passer cette idée que mon blog est exceptionnel.
Il est temps de vivre la vie que tu t’es imaginée, ou quelque chose comme ça, a dit mon pote Henry James.
Dont acte.

Et là, je vois bien, que ce soit sur terre ou la tête dans les nuages, la question qui vous taraude c’est « POURQUOI »?
Déjà, pourquoi voler cette phrase à Magritte qui n’a rien demandé et de toute façon ne parlait pas de hachis parmentier.
Ensuite, pourquoi l’anglais, mais ça, c’est fait, vous êtes rassurés sur mon utilisation outrancière de la langue des mangeurs de haricots blancs à la sauce tomate sucrée sur du pain de mie grillé.

Donc, pourquoi.
Magritte, c’est comme l’anglais, ça permet de faire un titre qui soulève l’attention.
Et d’ailleurs, je ne crois pas qu’il ait un copyright.

Imaginons un instant ce titre « Hachis parmentier ».
Même, si vous voulez, « Hachis parmentier vegan ».
No offense, mais dans ce cas, je peux aussi bien aller perdre mon identité dans la foule incommensurable de marmiton and cie.

Enfin, aussi, pourquoi isn’t it a sheperd’s pie?
C’est là que je saute en l’air en criant « Bingo ».
Bravo.
Vous avez tout compris.
Car la vraie question aujourd’hui n’est pas pourquoi les Anglais ou pourquoi Magritte, mais bien, pourquoi cette merveille en photo n’est pas un sheperd’s pie.
j’ai essayé hein, mais hachis parmentier c’est vraiment laid
Eh bien je vous le donne en mille.
Parce que.
Parce que mille raisons justement.

En vérité, on aurait pu mettre « gratin de patate douce sur son lit de fenouil et carottes revenus avec des raisins secs et des graines de courge ».
C’est comme si les gens s’amusaient à dire « gratin de pommes de terre sur son lit de cadavre haché menu revenu avec des oignons de l’ail et plein de trucs pour vous faire oublier qu’à la base c’était une vache, bordel ».

Mais non. On a pensé que c’était plus simple d’appeler ça « Hachis Parmentier ».
Hachis, parce que le truc est haché. Obviously.
Parmentier, parce que. C’est comme Magritte, je ne vais pas vous refaire l’histoire.
Donc.
Pour le sheperd’s pie, c’est un peu la même idée, mais outre-manche.
Sheperd’s, donc « du berger », parce que là -bas comme ils font des trucs chelou, ils mettent du mouton.
En vrai, ils peuvent mettre aussi d’autres trucs cool comme de la vache ou de l’agneau, mais ça permettait d’avoir une appellation unique.
C’est comme pour le reste des choses de la vie, on aime bien mettre les trucs dans des boîtes, parce que ça nous rassure.
Ça permet de classer.

Mais non, je ne fais pas de la contestation contre l’ordre établi.
Bien sûr que c’est utile le classement. Sinon on serait paumés.

Simplement, ce serait bien de temps en temps d’éviter de confondre un classement sain qui permet de ne pas se retrouver enseveli sous la multitude (classement qu’on appelle aussi la synthèse, ou le rangement normal) et le classement névrotique qui nous empêche de prendre en compte les mille et une facettes du monde (classement qu’on appelle aussi « Bree Van de Kampf » ou caractère intolérant à tendance maniaque).

Oui, je mélange le ménage et la vision du monde.
On vient toucher à des choses un peu philosophiques, c’est gentil de me rappeler qu’on s’éloigne du sujet.
Enfin quand même, dépasser la vision occidentale dualiste, c’est un sujet important non?
Ça ne vous dit pas on parle de ça au lieu de nourriture?
Non?
Bon, puisque c’est ainsi, revenons à notre tourte de mouton mort.

Donc voilà.
Le problème, avec certains plats « sans », c’est qu’ils ne correspondent pas aux critères établis par la cuisine traditionnelle.

Attention, je ne dis pas que la cuisine traditionnelle ne sait pas faire sans.
Prenons la socca par exemple. La pissaladière.
La citrouille masalé. Le zambrocal.
J’en passe et des meilleures. Surtout la ratatouille.

Ratatouille. Ce plat me permet justement de rebondir sur mon sujet.
La ratatouille, dans le sud, est une référence. C’est un peu comme le pan bagna ou la salade niçoise.
Faudrait pas mettre des pommes de terre dans la ratatouille, de la mayonnaise dans le pan bagna, ou des haricots verts dans la salade niçoise.
Non.
On ne fait pas ça. Ou alors, on ne donne pas à ces plats le nom de ratatouille, pan bagna et salade niçoise.
On dit cocotte de légumes, club sandwich et salade composée si vous voulez.
C’est pareil pour l’utilisation des noms de plats traditionnels en cuisine végétale.
Dans la cuisine « sans », on dispose de beaucoup moins de références, et parce que souvent, on veut séduire l’ennemi l’omni, on utilise des noms qui se rapprochent de ce que ces derniers ont l’habitude de manger.
Ou de ce que nous avions l’habitude de manger. AVANT.

Pour moi, c’est une erreur.

Pour deux raisons.
D’abord, parce que le risque, en désignant un plat comme un hachis parmentier, ou un burger, c’est qu’au lieu de séduire, on va attiser la comparaison.
C’est un peu comme si vous cherchiez à donner une cigarette au chocolat à un fumeur.
C’est bon, une cigarette au chocolat.
en fait, non, c’est immonde, et plein de trucs mauvais, mais imaginons un instant, s’il vous plaît, pour le raisonnement par analogie

On lui dirait « tiens, c’est une cigarette ».

Lui, ravi de pouvoir assouvir son besoin mentalement et physiquement construit de cigarette, va se jeter dessus avec des attentes.
Et il aura bien raison.
De vous croire et donc de s’attendre à une vraie cigarette, parce qu’il vous fait confiance.
Pas de se jeter dessus.

Sauf que votre cigarette au chocolat, ne contient pas de nicotine.
Et le gars n’est pas stupide au point de penser qu’il y en a dedans.
En plus, on ne peut même pas la fumer.
Pour le hachis parmentier, c’est pareil.
Vous allez dire à vos invités

« Tiens, je t’ai fait un hachis parmentier vegan ».

Attendez vous, même s’ils ont réussi à passer le cap de toutes les critiques sur le végétalisme, à avoir des déçus.
Forcément.
Et si pire, ils sont encore pleins de préjugés, vous allez les renforcer.

Oui. Parfois, même si votre plat est objectivement un délice, la personne peut être de mauvaise foi juste pour vous prouver que vous avez tort et que vous allez mourir de carences.
Et vous rappeler que la nature de l’homme, c’est de chasser à mains nues les animaux sauvages avant de les déguster crus et fraîchement découpés.
Ce qu’ils font donc quotidiennement.

Ils pourraient lancer négligemment une petite phrase bienveillante qui ressemblerait à celle-ci

Ouais, les vegan, ils vont tellement contre nature qu’ils sont obligés de prendre des noms de plat normaux pour identifier leurs trucs chelou qui n’ont pas de goût.

Et ils auraient raison.
Enfin pas sur le fait que votre plat n’a pas de goût.

Ou peut-être, en vérité, que si.
Pour eux, votre plat n’a pas de goût.
La viande, les produits animaux ont des saveurs assez prononcées.
Le risque, quand vous cuisinez pour des personnes habituées à manger « avec », c’est de leur donner l’impression que votre cuisine est fade.
Alors vous redoublez d’ail, d’épices, de produits végétaux au goût très très prononcé pour les amadouer.
Et peut-être aussi que c’est pour vous amadouer vous même.

Parce que vous aussi, vous avez été un mangeur de viande et de fromage.
Ils auront raison aussi sur le fait que c’est compliqué de trouver une identité aux plats « sans ».
Justement, parce qu’on les voit comme des plats « sans », et pas comme des plats tout court.

C’est là mon second point.
Pourquoi veut on obstinément remplacer?
C’est la logique des substituts. Le « faux-mage », le « faux-gras », les « steaks » et autres « charcuteries » vegan.
Attention. Je n’incrimine pas les personnes qui utilisent ces substituts dans leur transition vers un régime végétalien.
A part si ces nourritures sont industrielles, pleines de cochonneries, et qu’elles participent à la destruction de la planète, au confortement du capitalisme et, accessoirement, à bousiller leur santé, mais ça c’est un peu leur problème- quoique.

J’ai moi-même sûrement eu ma période angoissée des carences en protéines où je pensais que les steaks de soja étaient la panacée.

Seulement après, on grandit.
On grandit surtout après qu’on a testé 117 versions de tiramisù végétaux et qu’on se rend compte que jamais ça n’aura le même goût.

On peut bluffer le monde sur la mousse au chocolat. Ça, d’accord.
Mais il faut se faire une raison.
Le tiramisù, sans le mascarpone, ce n’est pas un tiramisù.

Et d’ailleurs, tant mieux.

Parce qu’en plus de mes 117 tentatives, je reste humaine et faillible.
Et donc, ponctuellement, je m’autorise des incartades dans les options végétariennes (pour les desserts principalement).
Figurez vous qu’au bout de trois ans de végétalisme, mon goût a changé.
Le vrai tiramisù, je ne l’aime plus.
Je n’arrive pas à manger un gorgonzola mascarpone.
Et pire. En Ecosse, je n’ai pas pu manger l’intérieur de mon vegan burger, parce que la consistance ressemblait tellement à de la viande que j’en ai eu la nausée.

Mes amis. Vous êtes, je le sais, omnivores, pour la plupart.
Je ne cherche pas à faire de culpabilisation en parlant de nausée.
Je constate simplement que mon goût a changé, et que mon corps, ses réactions ont changé aussi.
Et c’est très bien comme ça.

Parce qu’aujourd’hui, je ne suis pas à la recherche de « faux » quoi que ce soit.
Et pour moi, les substituts sont encore une prise pour les détracteurs du végétalisme.
J’irais presque jusqu’à penser que plutôt que de se priver, si l’envie est tellement forte, ce n’est pas nécessaire d’aller à la frustration.

Attention, je vais me faire des ennemis.
Amis végétaliens, goûtez à nouveau un morceau de fromage.
Ou de viande même.
Vous pourrez ainsi tester.
L’évolution de votre goût. Les réactions de votre corps. De votre mental.
Et vous pourrez voir aussi que vous n’avez pas besoin de substituts.
Ou que vous en avez encore besoin.

Bref.
Vous avez été patients.
Vous allez pouvoir manger.

Un gratin de patates douces, sur son lit de fenouil et carotte revenus aux épices avec des raisins secs et des graines de courge.

Vous n’aimez pas le fenouil? Il est cuit, croyez-moi, ça change la vie.
J’ai réussi à obtenir un « délicieux » de la part de personnes psychologiquement allergiques à ce bulbe au doux parfum anisé.
Vous n’aimez pas les raisins secs? Dommage. Mais vous pouvez les enlever.
Vous n’aimez pas les carottes cuites? Dommage aussi. Mais laissez les s’il vous plaît.
Ou allez vous faire une purée de patate douce.
Vous n’aimez pas la patate douce?
Je ne sais pas, allez vous faire une purée. De pommes de terre.
Et puis pendant que vous y êtes, mettez du beurre et du lait dedans.
Ah oui, pensez à hacher un petit cadavre avec des oignons et de l’ail et mettez le dessous.
Vous m’en direz des nouvelles.

This is not a sheperd’s pie

Prep time: 20 mn

Cook time: 30 mn

Ingredients

  • 2 patates douces moyennes
  • 2 bulbes de fenouil
  • 2 carottes moyennes
  • 1 cuillère à soupe de raisins secs
  • 1 cuillère à soupe de graines de courge
  • Huile de coco
  • Curcuma, cannelle, cardamome
  • lait ou crème végétale
  • Vanille (gousse ou extrait)
  • sel

Instructions

  1. Epluchez et découpez les patates douces en cubes. Mettez les à cuire dans un peu d’eau bouillante salée pendant 10 minutes, le temps qu’elles soient fondantes.
    Pas la peine de les noyer dans l’eau, couvrez juste ce qu’il faut. Vous pourrez boire le bouillon après (yuuuuum).
  2. Pendant ce temps, épluchez et râpez les carottes.
  3. Préparez les fenouils:  découpez les tiges le plus finement possible et le bulbe en petits dés.
  4. Faites revenir les épices dans une sauteuse avec cuillerée à café d’huile de coco 30 secondes puis ajoutez le fenouil et les carottes. Laissez revenir une à deux minutes puis ajoutez les raisins secs et les graines de courge, avant de baisser le feu et couvrir. Laissez compoter une dizaine de minutes.
  5. Depuis le temps, bien sûr, vos patates douces sont cuites.
    Vous avez donc éteint le feu. Vous pouvez les égoutter.
    Ecrasez-les à la fourchette. Ajoutez du sel et, si vous le souhaitez, un peu de crème ou de lait végétal selon la consistance souhaitée.
  6. Si vous avez opté pour l’extrait de vanille, ajoutez une à deux gouttes dans la purée de patates douces. Si c’est la gousse, récupérerez les grains et ajoutez les à la purée. Mélangez à nouveau.
  7. Nous allons maintenant estimer que tout est cuit.
  8. Huilez un plat à gratin (je mets de l’huile de coco pour le parfum, mais vous pouvez utiliser une autre huile)
  9. Déposez dans le fond la préparation fenouil-carottes-graines-raisins.
  10. Ajoutez à présent la purée en la lissant afin de réaliser une couche homogène.
  11. Enfournez à 180°C pour 30 minutes de manière à laisser les parfums se mélanger harmonieusement.
  12. Allez chercher des amis pour découvrir avec vous ce plat sans nom.

Et bon appétit, bien sûr. :p

 

5 Comments

  1. Pingback: Invite ton vegan – Ep 1 Quelques notions de base – La Tortue Qui Danse

  2. Pingback: Invite ton vegan Ep 3 – Nourrir la bête – La Tortue Qui Danse

  3. Anne-Laure Duijndam

    Merci la Tortue pour cette recette originale chaleureuse et sucrée! Mon garçon de 8 ans s’est régalé…

     
    • La Tortue

      Anne-Laure merci à toi!
      Bientôt je vous poste une recette de sablés salés pour que les enfants mettent la main à la pâte 🙂

       
  4. Pingback: 3 dips d’automne – La Tortue Qui Danse

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