Pourquoi la terre me manque

Il me faut de la terre humide
Un arbre au tronc noueux bardé de lierre et orné de fougères
Il me faut des vers de terre, des insectes, des feuilles qui frissonnent à cause du vent et une rivière qui coule
Il me faut cette odeur de mousse et d’escargot, la branche qui craque et l’oiseau qui s’envole.

Dans un article sur les sept choses à ne pas faire quand on commence un blog, j’ai lu qu’il fallait surtout éviter d’écrire des trucs comme ça. Donc je fais exactement l’inverse, évidemment.
Ce que j’ai écrit, je l’ai ressenti, profondément, dans ma chair.
Avec du recul, je sais qu’au moment où je l’ai écrit, j’avais justement besoin de ça – de terre.
Un peu de vent aussi, et d’eau. Mais surtout, beaucoup de terre.
Naturellement, si je vous parle de tout ça, c’est qu’on en revient à l’ayurveda.
A une vision évidente de la vie et de ses équilibres.

J’ai pensé pendant des années être une Vata pure et dure, avec des petits, tout petits éléments de Pitta.
Ne parlons même pas de Kapha, ce gros lourdingue à qui je ne voulais surtout pas ressembler.
(Si j’en ai déjà perdu quelques-uns, je vous invite à aller d’abord par-là, pour regarder vite fait l’histoire de poule et d’œuf.)
En fait, je m’étais quand même un peu trompée.
Quand on apprend à regarder qui on est, on apprend aussi à regarder qui on n’est pas.
Et c’est très long.
Parce qu’il faut apprendre à détacher le personnage qu’on a construit de la personne qu’on est, tout au fond.
J’avais voulu être Vata, parce que Vata c’est léger, subtil, vif, imaginatif.
Mais j’avais oublié un détail. On ne choisit pas d’être Vata, Pitta, ou Kapha.
On naît avec une constitution, une prakriti, et elle nous définit.
Bien sûr, dans la vie, on sait très bien s’organiser une montagne de déséquilibres, qui font que parfois, c’est difficile de retrouver qui on est au fond. Ayurvédiquement parlant, quelle part de Vata, de Pitta, de Kapha nous constitue.
Autrement dit aussi, quelle part en nous il y a de chacun des cinq éléments.

Alors à force d’observation, j’ai compris (et là encore, ce n’est que du tâtonnement, car il s’agit d’observation permanente), que je n’étais pas que Vata.
J’étais aussi, surtout, une Pitta. D’ailleurs, l’esprit de contradiction du début de ce post en témoigne ouvertement.
Pour autant, un élément sur lequel je ne m’étais pas complètement fourvoyée, c’est que j’ai très peu de Kapha dans ma constitution. Le seul élément qui me manque, donc, c’est la terre.
Et quand je suis en phase de déséquilibre, que je parle à deux cent à l’heure, que je commence tout sans rien finir, ou que je suis emplie d’une profonde tristesse (autant d’éléments caractéristiques de Vata), je sais maintenant que ce qu’il me faut, c’est de la terre.
De l’ancrage. Pour éviter de s’envoler.
Il y a deux semaines, j’ai même mis en pratique cette intuition. Et ça marche.
Au retour d’une chouette journée à l’île de Sein avec mes collègues apprentis yogis, je me suis vue monter dans les tours. J’ai le verbe haut et l’humour tranchant dans des moments pareils.
Je me trouve d’ailleurs très drôle, mais ça doit être fatigant pour mon entourage.
Ça l’est aussi pour moi.
En arrivant à l’ashram (si vous voulez le voir en vrai, c’est par ici), je suis allée m’allonger dans l’herbe, le nez presque dans la terre. Et au bout d’un quart d’heure, tout s’était calmé.
Cette anecdote m’a beaucoup appris.
Parce que même si j’habite un petit village, que je ne suis pas submergée par les immeubles, que je vois plein de nature de ma fenêtre, j’oublie trop souvent l’importance de la connexion à la terre.

Alors elle me manque, inévitablement.
Mais je sais maintenant comment la retrouver.

 

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