Mais ça sort d’où, Accompagnatrice en exploration intérieure ?

Quelques mois après le début de l’aventure de la tortue, je me rends compte que je n’ai jamais explicité ce titre à rallonge.
Je l’ai mis sur mes cartes de visite, sur ma page Facebook, sur mon compte Instagram.
Sans sous-titres.
Certes, il est joli.
Et pour moi, il est facile à comprendre parce qu’il est juste.
Mais je me rends compte que ce qui semble évident pour moi ne l’est pas forcément pour vous.
Pourquoi pas professeur de yoga, ou coach ?
Eh bien voilà.

Quand j’étais petite, je voulais être enseignante.
Maîtresse, quoi.
Wow ! ce scoop ! me direz-vous.
Et quelle honte pour une fille de la génération post-68.
Quelle honte de naître dans les années 80 et de vouloir faire un métier si cliché, si ancré dans les préjugés sexistes de ce que veulent faire les petites filles.
Pour réconcilier tout le monde, je peux vous dire aussi que petite, j’aurais aussi voulu faire de ma vie une possibilité d’exercer un métier différent tous les jours, pour comprendre ce que tout le monde faisait.
A l’époque, la notion des inégalités de salaire entre ceux qui pensent et ceux qui font, entre les hommes et les femmes, m’était encore étrangère.

Ainsi, je me voyais éboueur, pour m’accrocher derrière le camion, à l’instar de ces gars que je regardais passer sur mon chemin pour l’école, parce que je trouvais cet exercice très réjouissant.
Je ne voyais pas les horaires décalés, les petits matins trop frais, les odeurs, les coups de nerfs des automobilistes (moi compris, 30 ans plus tard) qui patientent dans une rue trop étroite.

Je ne voyais que le côté ludique d’un métier.
Pas la nécessité de commencer, recommencer chaque jour une tâche qui, pour beaucoup, ne rend pas heureux, qui, pour beaucoup, suffit seulement à boucler les fins de mois en serrant les dents.
Loin de moi l’intention de faire du Zola en commençant ce post, et pourtant.
Petite, comme beaucoup d’entre nous, j’étais communiste sans le savoir.

Pour moi, les gars derrière le camion poubelle gagnaient autant que mon médecin, le boulanger ou celui qui présentait le journal à la télé.
Je ne voyais pas encore de contradiction entre cette égalité imaginaire des métiers et l’inégalité flagrante des possessions.

Je pouvais, à la tombola, échanger une radio contre un yo-yo, parce que je ne voyais pas l’utilité de la radio, mais qu’en revanche, le yo-yo m’était indispensable, à l’instant même, pour vivre ces quelques minutes précieuses de ma vie d’enfant.

Heureusement, la vie a su rapidement me faire comprendre le sens des valeurs matérielles.
Mais je m’arrête là, au risque d’allonger encore cette introduction qui devient presque un chapitre.

Petite, disais-je, je voulais être institutrice.
Cette vocation ne m’a pas quittée à l’adolescence.
Elle m’a poursuivi jusqu’à l’université.
Jusqu’au jour où j’ai décidé que l’enseignement n’était pas fait pour moi.
Principalement parce que je ne trouvais pas de directeur de thèse, que j’étais en rébellion contre le système que je trouvais hermétique, que je ne m’estimais pas suffisamment brillante pour les concours. Enfin principalement pour mille raisons, qui ont fait que j’ai suivi une autre voie.

J’ai donc abandonné ma vocation.

Pourtant, sans le savoir, je m’apprêtais à la poursuivre de mes voeux.
Au même moment, le yoga est entré dans ma vie.

Le jour où je suis entrée dans cette salle, j’ai su que plus tard, je voudrais offrir aux autres ce que l’on venait de m’apporter.

C’était il y a douze ans.

Le yoga m’a alors accompagnée, comme un fil conducteur.
Je n’ai pas plongé immédiatement dans cet océan des possibles.
Au début, je n’ai saisi que la surface. J’ai eu peur d’aller voir plus loin.
Mais je savais qu’un jour, il faudrait, vraiment, se jeter à l’eau.

Alors il y a un an et demi, j’ai pris mon courage à deux mains et j’ai demandé.
Et le oui qui a fait écho a été le premier pied posé dans cette eau glacée.
Un an et demi de confrontation avec moi-même m’ont permis de comprendre aussi que ce qui me rendait heureuse, c’était précisément cette possibilité de transmettre.
J’ai regardé mon passé d’un autre oeil.
Je me suis rappelé que je n’avais jamais cessé de vouloir être cette courroie de transmission.
Pas seulement à l’école, où j’étais celle qui expliquait, qui traduisait, qui tâchait de prendre le temps pour ses camarades.
Avec mes amis, aussi, j’ai voulu transmettre cette possibilité de se traiter avec douceur, de regarder sa vie avec optimisme, sans la comparer à celle des autres.
A mon enfant, je voudrais transmettre des valeurs qui me sont chères, comme un socle solide qui restera à ses côtés plus tard, même si elle décide de faire d’autres choix.

J’ai compris que mon rapport à la transmission ne pouvait pas être un rapport autoritaire.
S’il y a bien une chose essentielle que j’ai retenue de ma formation, c’est la nécessité d’oublier toute intention lorsqu’on donne une pratique.
L’absence d’attente, c’est la seule garantie d’authenticité.

D’un seul coup, tout semble évident.
Accompagnatrice, plutôt que « coach », ou « professeur », parce que je n’ai pas, je ne peux pas avoir l’intention de diriger qui que ce soit dans cette entreprise.
Simplement tendre la main. Simplement, même, en toute humilité, être un pont.
Un pont vers soi. Vers l’exploration intérieure.

Le yoga est un formidable outil d’exploration intensive de soi.
Douloureuse parfois, souvent même, mais tellement enrichissante.
Yoga Nidra, comme toute pratique de méditation, offre une porte d’entrée vers notre monde intérieur, et c’est pourquoi j’ai choisi de privilégier cette pratique.
Plus largement, n’importe quelle situation de notre vie peut être une occasion de se confronter à soi-même.
Si l’on accepte de voir le rapport à la nourriture comme fondamentalement révélateur, alors l’initiation à la cuisine végétale est également un moyen d’aller à la rencontre de soi-même.

Je n’ai pas choisi le terme d’exploration par hasard.

Aller à la rencontre de soi-même n’est pas de tout repos.
Non, l’exploration n’est pas rose avec des paillettes et des étoiles.
Vous n’irez pas sur un petit nuage, mais dans des couloirs sombres, des grottes, et des étangs vaseux.

Quel que soit le moyen que l’on choisit, il s’agit de faire face à ses obstacles, à ses peurs, à des choses profondément enfouies et qui provoquent souvent du rejet lorsqu’elles surgissent.
Alors bien sûr, tout cela pourrait vous couper l’envie d’aller chercher, creuser, mettre vos mains dans la vase.

Et pourtant.
N’oublions jamais cette image du lotus, dont les racines, justement, poussent dans la vase, et qui donne une si belle fleur.
En cherchant dans les coins sombres, en fouillant dans la vase, vous irez à la rencontre de choses que vous ne voulez pas voir.
Mais c’est là aussi que vous pourrez retrouver vos rêves, et l’énergie pour les accomplir.

 

2 Comments

  1. Bonjour La Tortue 😀
    C’est gigantesquement bizarre! Je viens de te lire, jusqu’au dernier mot et je me reconnais dans tout, tout, tout, tout ce que tu dis! J’ai eu les même envies, les mêmes pensées et la même imagination! Aujourd’hui, je tombe sur ton profil parce que je suis en train de chercher un nom qui irait avec ce que j’ai envie d’apporter aux personnes. Et « coach » ne me va pas. Alors j’ai tapé accompagnatrice vers l’exploration de soi car ça me parle plus que coach car comme tu le dis, je ne prétends pas être mieux que les autres. Je souhaite juste aider les personnes, leur tendre ma main afin qu’elles puissent vivre cette vie pleinement à être elle-même 🙂 Les aider à voir la vie sous un autre angle, leur montrer qu’avec des petites actions pour soi, on arrive a obtenir de magnifiques victoires. Je suis heureuse d’avoir pu te lire. Je me rends compte ainsi, que je ne suis pas seule dans mon monde et cela me rend très heureuse 😀

     
    • La Tortue

      Sabrina
      Je suis très heureuse de lire que mes mots peuvent trouver une résonance…
      Je remercie le bizarre gigantesque de t’avoir permis de lire mes mots.
      Je te souhaite de continuer dans la voie qui te ressemble.
      A bientôt peut être!

       

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