Le jour où j’ai voulu écrire une recette de pâte à tarte

Ce jour-là, c’était il y a à peine une semaine.
J’étais à Gardoussel, pour mon dernier module de thérapeute ayurvédique.
Samedi, nous avons mangé une tarte, avec une pâte à base de sarrasin.

Et j’ai râlé, comme d’habitude, parce que tout le monde s’extasiait sur la pâte alors qu’au fond, je me disais, quoi, ce n’est qu’une pâte.
Et je sais la faire aussi, moi, la pâte au sarrasin.
Et j’en ai même élaboré une recette encore meilleure que celle-là, tiens.

C’était drôle de me voir rager intérieurement, et de me dire, tiens, toujours, l’ego qui a besoin d’être rassuré, d’être en compétition, d’être le meilleur, même pour une pâte à tarte.

Sérieusement? Oui, sérieusement.

Avec l’ayurveda, j’ai découvert que j’étais comme ça.
Parce que je suis comme ça.
Que ma psychologie est faite pour aller vers la compétition, l’exigence, l’excellence, l’envie de briller et d’être au centre du monde.*
Ce n’est pas la peine que je m’en veuille de ces réactions.
Il suffit de les connaître, de les évaluer, d’apprendre à les observer.
De les transformer en quelque chose de positif.

Alors pour contrer cette colère et la transformer en quelque chose de positif, je me suis dit que mon cadeau de fin de formation, pour mes collègues, ma famille Lima, ce serait de leur dédicacer ma dernière trouvaille, une recette de pâte à tarte qui fait aussi plein d’autres choses.
Je suis allée me coucher avec cette idée.
Et je me suis réveillée en écrivant ce post dans ma tête.

Mais ce que je voulais leur laisser, à ma famille Lima, c’était autre chose encore.
Leur dire pourquoi j’aurai l’air étrange, le jour du départ.
Alors voilà.

Je déteste les adieux.
Même lorsqu’il s’agit de simples au revoir.

Je déteste les adieux parce qu’ils sont synonymes d’abandon, de déchirement, de deuil, d’arrachement. Même temporaires.

Les Suisses ont trouvé une parade infaillible à cette épreuve.
Ils disent adieu pour dire bonjour.
Et après ils sont tranquilles.
Même si la personne qu’ils rencontrent a un arrêt cardiaque devant eux, même si elle les quittent avant qu’ils aient le temps de déclarer leur flamme, ils sont tranquilles.
Ils ont déjà fait leurs adieux.

Mais moi, non.
Je ne suis pas tranquille.
J’ai l’air tranquille.
Mais je ne suis pas tranquille.

Ma tranquillité est une fuite.
Elle est une fuite de la souffrance de l’abandon et du deuil, de la douleur du déchirement et de l’arrachement.

Je déteste les adieux, parce qu’ils sont synonymes d’effusions.
De bouches qui tremblent, de nez qui coulent, de yeux qui brillent.
De larmes qui coulent.

Je ne sais pas faire cela.
Je ne sais pas pleurer quand il faut.
Mes larmes s’enfuient très loin et je ne sais même plus qu’elles existent.
Mon corps, lui, sait qu’elles sont là.

Parfois, pourtant, il réussit même à les oublier.
Mon corps ne sent plus rien.
Mon esprit non plus.

Tout est anesthésié.

Alors, pendant les adieux, mon corps se tait.
La bouche ne tremble pas. Le nez ne coule pas. Les yeux ne brillent pas.
Mon corps n’a pas de tristesse.
Il n’a pas de larmes.

Parfois il bout à l’intérieur. Parfois non.

Mon corps ne sait pas montrer quand il faut.
Il ne sait pas non plus cacher quand il faut.

Parfois toutes ces larmes chassées au loin reviennent en courant.
Tous ces cris oubliés à force d’être étouffés explosent d’un coup et surtout quand il ne faut pas.

Mon corps ne sait pas être bien comme il faut.
Il est ce qu’il peut, avec son histoire.
Il fait ce qu’il peut.

Nous sommes tous une histoire.
Et un aujourd’hui.
Lorsque je dis, je déteste les adieux, c’est mon histoire qui parle.

L’histoire d’au revoir et d’adieux en souffrance.
L’histoire d’une colère qui voulait cacher la tristesse.
L’histoire d’un visage tranquille qui voulait enfouir un volcan.


Je suis cette histoire.
Et mon aujourd’hui.

Et plus le temps avance, plus je sais que c’est avec mon aujourd’hui que je me détermine.
Chaque choix que je fais va construire mon histoire.
Alors, jour après jour, j’apprends à apprivoiser mon histoire.
J’apprends à accepter que mon corps fait ce qu’il peut avec ce qu’il est.
Avec ce qu’il a vécu.

Oui, parfois, je préfèrerais savoir poser les émotions appropriées aux moments appropriés.
Rire quand il faut, pleurer quand il faut.
Mais non.

En vérité, ce que je veux construire maintenant, c’est apprendre à mon corps qu’il peut rappeler ces larmes.
Qu’il peut crier.
Qu’il peut ouvrir ses bras.
Qu’il peut danser et rire.
Pas seulement quand c’est acceptable.

Qu’il peut le faire sans abîmer autour de lui.
Qu’il abîmera sûrement moins son environnement et lui-même s’il comprend qu’il a le droit d’être là.

Voilà, mes amis, aujourd’hui, c’est ce que j’apprends.
Que j’ai le droit d’être là.
J’ai le droit d’être moi.
Et vous aussi.
Vous avez le droit d’être là.
D’être vous.
Vous faites ce que vous pouvez, avec ce que vous êtes.
Et c’est déjà beaucoup.**

*Ces caractéristiques sont le signe d’une psychologie Pitta.
**La fuite, le retrait des sens, la capacité à être anesthésié, déconnecté de son corps, est plutôt le signe d’un profil psychologique Vata.
Chez moi, les deux cohabitent, chez vous, peut-être aussi, ou peut-être que vous ressentez plus fortement un besoin d’être avec les autres, d’être dans l’affectif, dans le lien, qui est plutôt un caractère Kapha.
La psychologie de chacun est subtile, et nous avons tous Vata, Pitta, et Kapha en nous dans des proportions différentes.
C’est ce qui fait que chacun de nous est unique.
Qu’il est inutile de se comparer, de se juger.
Faites ce que vous pouvez, avec ce que vous êtes!
 

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