How I met your carrot cake

Le carrot cake et moi, c’est un peu comme une histoire d’amour compliquée.
On s’est rencontrés il y a tellement longtemps que je n’arrive même pas à me souvenir quand.
D’emblée, je me situe donc du mauvais côté de la barrière.
Je suis celle qui a complètement oublié le jour du coup de foudre, celle qui ne saura pas en fêter l’anniversaire, celle à qui on reprochera de ne pas y avoir pensé.
Celle qui, cruelle, froide et sans remords dira :
« Ah c’est aujourd’hui ? Je l’avais noté pour ne pas oublier. Mais j’ai oublié ».
Heureusement, le carrot cake n’est pas une personne.
Nous pouvons donc passer allègrement sur le romantisme de la célébration des anniversaires de rencontre.

Pourtant, cette histoire d’amour est compliquée.
Complexe, si vous préférez, ça fait déjà plus intellectuel.
En effet, je crois que je suis amoureuse de l’idée que je me fais du carrot cake, plus que du carrot cake lui-même.

Il fut un temps où je croyais être en quête de l’essence platonicienne du carrot cake.
Alors qu’en fait, ma quête est surtout une projection de ma conscience vers ce qu’elle croit être le carrot cake suprême.
J’ai monté comme une sorte de schéma avec des critères dans mon cerveau, qui fait que ce dernier sait immédiatement, lorsqu’il en voit un et qu’il le goûte, si le spécimen s’approche de l’essence absolue ou s’il est à rayer définitivement de ma mémoire.

Plus j’en parle, et plus je me dis que je devrais relire Husserl, car il doit y avoir quelque chose à voir avec la phénoménologie.
Enfin pas tant que ça non plus, car ma recherche n’a pas de visée scientifique.

Qu’est-ce qu’on s’amuse les amis.
J’adore parler philosophie avec vous.

Car en vérité, qui suis-je pour décider que l’essence du carrot cake doit correspondre à mes critères ? Qui suis-je pour décider qu’il doit être fondant, sucré mais pas trop, épicé, avec des morceaux de noix et sans raisins secs ?
Qui suis-je, sinon une chercheuse d’idéal, une utopiste forcenée, souvent déçue par la réalité, mais jamais désespérée.

J’adore aussi faire des envolées lyriques.

Ne vous méprenez pas. Toutes ces digressions ont évidemment un but.
Je n’écris pas pour le plaisir de me lire, bien sûr, je le fais dans un but purement altruiste.
Je suis amour.
Enfin en ce moment, je suis surtout amour du carrot cake.
Mais comme je suis aussi amour de mes amis, je me suis forcée à revoir mes critères.
Parce qu’en vérité, la semaine dernière, figurez-vous, j’avais trouvé la recette ultime.
Le carrot cake suprême.
J’avais retrouvé ma cristallisation du coup de foudre, ce mélange d’épices, de douceur, de fondant, ce dessert complètement atypique, qui en prime ne vous donne pas envie d’aller courir une heure dans la neige pour réparer la catastrophe écologique sur votre corps bien-aimé.
Pardon.
Bien sûr, ma phrase est ridicule, bien sûr, la bienveillance est de mise, bien sûr, culpabiliser quand on mange un dessert est inutile.
Mais je ne vous apprendrai rien en vous disant que comme tout le monde, je me débats avec mes samskaras.
Et hop, petit scarabée, ni vu ni connu je te balance un petit terme yogique.

Les samskaras, ce sont nos archétypes mentaux, les schémas avec lesquels nous nous sommes construits- je crois que j’en ai déjà parlé ici-.
Ce que l’on a de mieux à faire, puisqu’on ne pourra pas les détruire, c’est de les accepter comme ils sont, et de réimprimer des schémas positifs dessus.

Voilà. Une vraie digression, enfin.
Bref.
Donc, un de mes samskaras est de penser comme nombre d’entre vous, surtout les individus de sexe féminin- désolée, sans vouloir être pleine de préjugés sexistes parce que je suis la première à hurler quand j’en vois un, mais malheureusement notre société nous a bien façonnées pour ça, et elle continue à le faire-…
Je me suis perdue.
Hum. Donc, comme vous mes amies concernées par cet archétype insensé, j’ai une fâcheuse déformation qui fait qu’il devient immanquablement nécessaire de culpabiliser quand on mange un peu trop.
J’ai trouvé la parade, en faisant en sorte que ça ne m’arrive jamais, enfin pas trop souvent.
Cela dit, la meilleure parade est quand même la bienveillance, associé à la théorie de la relativité.

Bravo, maintenant, me voilà complètement perdue.

Heureusement, je sais où vous voulez en venir, à la fin, il faut quand même que je vous donne une recette, sinon vous allez râler, et vous ne voudrez plus jamais lire ce blog incohérent, et j’irai me perdre dans une grotte d’ermite sans internet, et tout ira pour le mieux dans le meilleur des mondes, parce qu’il faut cultiver son jardin.

D’accord, j’arrête.
Donc, je croyais avoir trouvé la recette qui surpassait toutes les autres.
J’ai failli m’évanouir de bonheur gustatif.
Et le lendemain, le drame arriva.
L’épreuve de l’Autre.
La confrontation au goût d’Autrui.

Autrui, qui au passage et en l’espèce, est mon amie, a usé d’euphémismes pour m’expliquer que ce qui m’avait fait tomber en pâmoison n’était pas le meilleur spécimen de mes multiples expérimentations sur le carrot cake.

Bien sûr, mon monde s’est écroulé.
Mais non. J’ai été forte, je me suis relevée.
Bien sûr, j’ai crié Eurêka, car cette remarque a entièrement confirmé mon intuition sur le fait que peut-être que mon carrot cake ultime ne serait pas le vôtre.

Comme dirait Confucius, « Chacun voit midi à sa porte ».

Alors je vais vous dire, amis, ce que nous allons faire.
Je vais quand même vous donner une recette.
Parce qu’après tout, si vous avez lu ces inepties jusqu’ici, il serait de bon ton de vous donner quelque chose à vous mettre sous la dent.

Mais. (Il y a souvent un mais).
L’élu de mon coeur n’a sensiblement pas vocation à être celui du coeur d’Autrui.
Alors je vais garder pour moi mon histoire d’amour compliquée.
Et je vais vous donner une autre recette.
D’un gâteau qui ressemble plutôt à ça.

Je sais, ami lecteur, tu es un observateur né, et pourtant, tu ne vois pas une grande différence entre les deux.
Crois moi. Celui d’en haut, c’est le mien.
Celui juste au dessus, là, c’est le mien aussi.
Mais il est un peu moins fondant, un peu plus cake, parce que j’ai changé ma perception intuitive de la composition pour m’adapter aux goûts de ceux que j’aime.
Car je me suis dit, peut-être que comme Autrui, et les autres Autrui à qui je l’ai fait goûter pas plus tard qu’hier, que tu l’aimerais mieux comme ça.
And that is how I met your carrot cake 🙂

How I met your carrot cake

Prep time: 20 mn

Cook time: 35/40mn

Ingredients

    Pour un gâteau comme sur la photo. Doublez les proportions si vous voulez avoir du rab, mon moule est petit.

  • 150G de carottes (2 à 3 selon les individus)
  • 100g de compote de pommes
  • 50ml de lait végétal
  • 60g de pâte de datte
  • 1 cuillerée à soupe d’huile de coco+ un peu pour le moule
  • 6 cuillères bombées à soupe de farine*- environ 50 grammes
  • 4 cuillères à soupe bombées de poudre d’amandes – environ 30 grammes
  • 3 cuillerées à soupe de cerneaux de noix
  • 3 cuillerées à soupe de graines de courge
  • ½ à 1 cuillerée à café de mélange pour pain d’épices**
  • ½ cuillerée à café de bicarbonate de soude
  • 1 cuillerée à soupe de jus de citron

Instructions

  1. Râpez vos carottes. Oui, il faut les cacher quand même, on ne va pas faire un gâteau avec des carottes entières.
  2. Dans un grand saladier, mixez la pâte de dattes avec le lait végétal, la compote de pommes, l’huile de coco et les épices.
  3. Ajoutez dans le saladier les carottes, la farine, la poudre d’amande.
    Mélangez avec une spatule jusqu’à obtenir une pâte homogène.
  4. Ajoutez les noix et graines et mélangez à nouveau.
  5. Enfin ajoutez le bicarbonate de soude, puis le jus de citron juste dessus.
    Laissez mousser et mélangez en soulevant pour aérer.
  6. Graissez un moule à cake
  7. Enfournez pour 35/40 minutes à 180°C.

*De manière purement fortuite, j’ai mis dans ce cake de la farine de lupin.
Un ami m’en avait offert un paquet il y a quelque temps et je cherchais une utilisation intéressante pour cette matière première pleine de vertus. Cette farine est en effet très riche en protéines (40 grammes sur 100 grammes, soit autant que la farine de soja, deux fois plus que dans un steak – hint hint, les amateurs de viande et les « oh mon dieu tu es vege tu dois être carencée en protéines-…
Elle est aussi sans gluten, et possède une bonne capacité émulsifiante.
Cela dit, elle a aussi un coût, et je n’ai pas pour objectif de vous présenter dans ce blog des recettes pour bobo- même si d’aucuns diraient qu’être végé, en soi, c’est déjà un truc de bobo, tout ça, mais s’il vous plaît, pourrait-on faire ce débat politique un autre jour?
Donc, mon but est de vous proposer plutôt des recettes simples, de tous les jours, avec des ingrédients accessibles. Ainsi je vous invite à utiliser votre farine préférée. Et je ne crierai pas si elle contient du gluten.
**vous pouvez facilement trouver du mélange pain d’épices déjà prêt dans votre magasin bio habituel – je sais, le bio, truc de bobo, tout ça,…chut-.
Car vous pouvez aussi, selon vos goûts, préparer un mélange à composition variable de cannelle/cardamome/gingembre/muscade/girofle moulus.

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4 Comments

  1. Olivia

    Merci petite tortue de partager avec nous TA recette après avoir beaucoup « travailler » et cuisiner pour arriver à la perfection ! Quelle générosité !

     
    • La Tortue

      Merci à vous de me donner l’occasion de mettre en pratique le partage! C’est ma recette, parce que je l’ai inventée, mais en vérité c’est la vôtre, parce que je l’ai faite pour vous!

       
  2. et pourquoi celle de Autri serait plus dans le vraie que la version de la Tortue? Je veux bien aussi la version de la Tortue….
    et continue, tu me fais rire….

     
    • La Tortue

      Merci merci merci! Je ne dis pas que la version d’Autrui est plus dans le vrai…j’ai simplement pensé -et vérifié sur pièces- qu’elle serait plus adaptée au goût de la majorité! Et puis si en plus j’arrive à faire rire quelques uns d’entre vous…C’est cadeau comme dirait une connaissance commune 😉

       

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