Ce que Setu Asana m’enseigne – seconde partie

Avant de continuer, je remercie ceux qui ont réussi à me lire jusqu’au bout.
Vous n’êtes pas au bout de vos peines.

Ainsi, vous disais-je, j’apprends, grâce à cette posture simple et anodine qu’est Setu Asana.

J’apprends tous les jours à avoir encore davantage d’humilité.
Faire une posture aussi simple m’est difficile, alors que d’autres, plus « avancées », me sont plus accessibles.
Il est bon de remettre l’ego à sa place.
En vérité, il n’y a pas de posture facile.
Chaque asana a sa particularité, son intérêt, et elle parlera à chacun en fonction de sa constitution, de sa condition, du moment où il la pratique.

Le yoga n’est pas une compétition.
Ce n’est pas un sport.
C’est une vision de la vie.

Pour autant, les asanas font partie du cheminement*.
Et le langage du corps nous apporte des enseignements.
Pendant ces 2 minutes 10, j’ai mal.
Mes chevilles ne sont pas assez souples, elles ont des difficultés à se tendre pour laisser mes pointes de pied toucher le sol.
Il faut que je pousse sur les bras pour avancer le corps et que je tire sur mes pieds.
J’ai mal.
(Difficultés à toucher le sol…à toucher terre…tiens, comme c’est curieux. La terre. L’ancrage….)
Au bout d’un moment, ce sont les muscles des jambes. Les fessiers. Les bras parfois.
Mais ça, ce sont les bons jours.
Les mauvais, l’ouverture forcée de la posture me donne la nausée. Des étourdissements.
La migraine.
(Ah tiens, posture d’ouverture, un peu de difficulté avec les émotions enfouies?)
Voilà, en gros, ce qui passe dans mon corps lorsque je pratique.

Dans ma tête, c’est encore plus drôle.
Le mental est surdoué.
Je pense par exemple, souvent au début, que, tiens, aujourd’hui, c’est facile, ça va bien se passer.
Mouhahahahahaha.
Bien sûr.
25 secondes après, je me dis que j’ai envie de mourir si je n’arrête pas tout de suite.
Que le monde va s’arrêter. Que ce n’est pas possible, une telle torture.

C’est là qu’est la vrai lutte.

Le mental s’empresse toujours de traduire ce que dit le corps.
Il faut être très vigilant pour le remettre à sa place.
Lui expliquer que non, je ne vais pas mourir.
Que 2 minutes 10, au bout d’un moment, ça s’arrête.
Que ça y est, c’est bientôt fini.

2 minutes 10.

Une éternité. Une fraction de vie pourtant, une poussière dans l’histoire de l’univers.
C’est cela aussi que la posture m’apprend.
Einstein nous l’a dit, nous le savons mais nous ne voulons pas le voir.
Absence du caractère objectif du temps. Plasticité. Elasticité.
Le temps est personnel. Tout au mieux nous essayons d’y mettre des repères.
Ces 2 minutes 10 sont souvent les plus longues de ma journée.
Pourtant elles sont plus ou moins étirées selon les jours.
Si elles étaient fondues le matin dans le moment où je remonte les escaliers pour la quatrième fois avant de partir au boulot parce que j’ai oublié quelque chose, je ne les verrais même pas.
Quelqu’un d’autre, dans la même posture, les verrait autrement.
Une amie dirait:

Chacun sa temporalité.

Et Setu Asana me fait vivre dans ma chair, dans mon angoisse, dans les tremblements de mes jambes, que le temps n’existe pas.
Si le temps n’existe pas, il n’y a aucune raison d’avoir des attentes.
Il n’y a aucune raison d’avoir des peurs. Des angoisses.
Il n’y a aucune raison de ne pas saisir immédiatement ce que nous sommes en train de vivre.

Ainsi, Setu Asana m’enseigne aussi la formidable capacité du cerveau à se remodeler.
Oui, on peut réinscrire des schémas positifs sur notre passé qui nous enferme.
Oui, ces schémas peuvent dépasser le négatif.
Mais cela prend du temps.
2 minutes 10 exactement.

** L’ashtanga Yoga de Patajanjali nous propose huit étapes sur le cheminenent du yoga: yama, niyama, asana, pranayama, pratyahara, dharana, dhyana, samadhi. J’aurais plaisir à les détailler un peu plus tard, mais vous pouvez aller voir en attendant, les informations de cette page sont assez synthétiques.
 

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