Blé noir mon amour

En vérité, je dois vous avouer quelque chose.
Cela fait un petit moment que l’on se côtoie, que je vous apprivoise avec quelques douceurs.
Il fallait bien vous préparer à ce coup fatal.
Alors voilà.
Je suis née en Bretagne.

Oui, je sais, ça fait mal.
Moi même, j’ai eu du mal à m’en remettre et je cache mes origines autant que faire se peut.
Heureusement, quelques mois après ma naissance, mes parents ont compris que je survivrais beaucoup mieux dans le Sud.
Et eux aussi, d’ailleurs.

Enfin, sauf mon père, qui est un vrai breton, et qui est donc depuis retourné vers sa terre natale.
Je vous vois arriver, mes amis bretons, avec vos revendications, vos contestations et votre caractère de cochon.
J’arriverais probablement avec les mêmes si on vous attaque.
Surtout le caractère de cochon.

Le monde entier est au courant, mais une piqûre de rappel s’impose néanmoins.

En Bretagne, il ne pleut que sur les cons.
En Bretagne, il fait beau plusieurs fois par jour.
En Bretagne, le beurre, c’est salé. Sinon, ce n’est pas la peine.

Bretagne, bretons, je vous aime.
Mais ma vraie patrie reste le sud, ses oliviers, sa lavande, ses olives, son accent, ses gens trop riches, ses montagnes, et ses trois cent jours de soleil par an.
Le sud-est, quoi. La Riviera. La Côte d’Azur. Nissa la bella et tout le tintouin.
Je sais.
Comme d’habitude, que vous soyez breton, niçois, bordelais ou parisien
(on ne sait jamais, peut-être bien que Paris s’aventure à lire des blogs provinciaux),
vous commencez à vous demander, MAIS POURQUOI ?
Pourquoi parler de soi quand on pourrait parler de quelque chose de bien plus important: MANGER.

Eh bien tout simplement, cher ami lecteur, parce que je vais vous parler d’un ingrédient essentiel.
Non. Pas le beurre salé.
Oui. J’avoue, aussi. Quand j’étais petite, et que j’allais en vacances en Bretagne, ma famille m’appelait painbeurre.
Et même aujourd’hui, même après trois ans de conversion au végétalisme (avec les écarts que ma conscience permet), si je parviens à rester insensible devant de la burrata, la simple idée d’une tranche de pain de seigle avec du beurre de la ferme comme quand j’étais petite peut me faire rêver.

Rêver, seulement, parce que je sais que je ne retrouverai jamais ce goût-là, à jamais perdu avec mon enfance. A jamais perdue cette motte tendre moulée à la cuillère par la fermière.
Oui je sais, ça donne envie.
Mais non. Pas cet ingrédient là.
Alors, me direz-vous, lequel ?
La Bretagne, patrie des araignées, langoustines, ormeaux, bar, mais aussi du lard et de l’andouillette, aurait-elle encore la possibilité de me faire rêver ?
Mais oui, ami lecteur, tu le sais depuis le début, car tu as vu cette photo d’illustration, et tu es un fieffé analyste d’image.
Le sarrasin. Le blé noir.
Je devrais dire l’or noir.

Non, le sarrasin n’est pas du blé noir. C’est une polygonacée, comme l’oseille.
L’appellation blé noir est utilisée à tort, puisqu’il n’appartient pas au genre triticum.
Il n’est donc pas une céréale, et ne contient pas de gluten.
Malgré tout, je vais quand même continuer à l’appeler blé noir, si ça ne vous fait rien.

Toute mon enfance peut alors encore remonter quand je revois ma grand-mère au bilig, à faire des crêpes dans le garage, pour toute la tribu et toute la semaine.

Là encore, on est loin, très loin de la photo.
Bien sûr que je ne vais pas vous proposer une recette de crêpe.

OUI MADAME, OUI MONSIEUR, là où je suis née, on dit crêpe.
Même quand c’est une crêpe de blé noir.
La galette, c’est épais, et puis c’est à Rennes, et puis Rennes, c’est loin.

Alors on va voir la matière brute.
On va dire bonjour au sarrasin, en grains, ou, allez, soyons fous et tant pis pour les raw vegan, en version kasha* et en flocons.

Parce que quand je rentre de Bretagne, ou n’importe quand, cette saveur là est irremplaçable.
Ce goût de blé noir grillé, cette douce amertume, cette saveur de noisette rappelle à mon souvenir la crêpe fine et craquante sur les bords qui vient d’être déposée sur mon assiette.

Comment ça, une crêpe jambon fromage ça n’a rien à voir avec une bouchée au chocolat ?
Mais puisque je vous dis que si !

Me voilà donc, depuis quelques semaines, à faire quotidiennement ces petites bouchées addictives, avec quelques variations de temps en temps, pour la forme.
Justement, ces variations m’ont permis d’identifier deux pépites à vous transmettre de toute urgence. Enfin, en vérité, je dois le faire depuis la semaine dernière, mais la vie m’a rattrapé, et ça n’est pas plus mal parce que j’ai encore peaufiné la recette.

Encore une fois, je tiens à m’excuser devant ceux qui ont des soucis avec le chocolat et le peanut butter.
Il semblerait que je sois dans une phase de duomanie aigüe.
Triomanie en fait, puisque le blé noir vient de s’ajouter aux deux premiers.

Non, quinquamanie, finalement. Je suis aussi dans ma période butternut et brocoli.
Enfin bref, maniaque tout court, quoi.

Blé noir mon amour

Bouchées au sarrasin pour les gourmands feignants

Pour une quinzaine de bouchées

Prep time: 10/15 mn. Grand max. Léchage des doigts et de la poële compris.

Cook time: none!!!

Ingredients

Version 1 peanut kasha

  • 6 cuillerées à soupe de kasha (ou de sarrasin décortiqué que vous aurez fait griller vous-même)
  • 40 g de pâte de dattes
  • 2 cuillerées à soupe de peanut butter
  • Options: cacao et cannelle en poudre

Version 2 flocons de sarrasin chocolat

  • 40g de chocolat noir
  • 6 cuillerées à soupe de flocons de sarrasin
  • 50 ml eau
  • Option: 1 cuillerée à café ou plus de crème de marrons

Instructions

  1. Pour la version 1: easy peasy. Mélangez tous les ingrédients en malaxant avec vos petites mains.
    Formez des bouchées de la taille qui vous permettra de concilier votre gourmandise et votre sens du raisonnable.
    Si vous choisissez l’option, saupoudrez de cacao et/ou de cannelle. Réservez au frais.
  2. Pour la version 2:  faites fondre le chocolat avec un peu d’eau (environ 50ml) dans une poële.
    Ajoutez les flocons de sarrasin et la crème de marrons si vous avez voté pour l’option.
    Mélangez à la spatule et formez des bouchées avec vos petites mains. Réservez au frais.

Ah. J’oubliais. Le chouchen**, c’est pas bon.
Alors inutile de me demander de vous en ramener quand je rentre en Bretagne.

* Le kasha, c’est du sarrasin grillé. C’est clairement plus un truc de pays de l’est que de breton pur souche. Mais c’est tellement bon.
** Le chouchen ou hydromel, c’est un alcool fabriqué à partir de la fermentation du miel dans de l’eau et du jus de pommes ou du cidre. Il se fabriquait autrefois plus particulièrement à partir de miel de sarrasin. Les bretons, corrigez moi si nécessaire!
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4 Comments

  1. Léo choco (et peanuts butter aussi)

    C’est ce que tu nous avais ramené la dernière fois? Miam le kasha comme ça ça croustille!
    Bon maintenant je connais un joli petit surnom à te donner!

     
    • La Tortue

      C’était bien ça oui!
      Pour le surnom, hum, on en reparle :p

       
      • léo choco

        Miam! effectivement c’est pas mauvais tout ça…
        Bisous ma ptite bretonne sudiste préférée..

         
        • La Tortue

          C’est mieux que pas mauvais, c’est carrément addictif! Bises les varois!

           

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