Autour de la lune

1/2 La purge à l’huile de ricin

 

Ô lecteur aux pieds sur terre, hermétique aux nuages, grand prêche du pratico-pratique, oublie ta crainte des limbes habituels des pseudo sciences et reste encore un peu avec moi.

Car moi aussi, j’ai une tendance au pragmatisme.
Un besoin irrépressible de chercher le sens des choses.
D’essayer de comprendre.
Tout, tout le temps.

Alors, quand autour de la lune, qu’elle soit pleine, croissante, nouvelle, noire ou en éclipse, j’entends, pour justifier tous les évènements de la vie, « C’est normal, c’est la lune », ma première réaction n’est pas nécessairement une approbation aveugle.

Non, pas nécessairement.
Car j’ai beau avoir la tête dans les nuages, voire, dans la lune, mes pieds ont toujours cherché la terre pour compenser cette évaporation dans l’espace.
Ainsi, comme à mon habitude, je me dis « C’est trop facile ».
C’est trop facile d’avoir une raison unique pour tout.

Je me dis qu’à trop vouloir chercher des raisons à l’extérieur, à forcer le trait sur le déterminisme, on oublie de concilier tout ça avec la notion de libre arbitre, de responsabilité.

Insomnie ? C’est la lune.
Altercation familiale ? Encore elle.
Quelqu’un réapparaît dans votre vie ? Evidemment, la lune.
Surtout ce mois ci, elle est très puissante.

Comme tous les mois, apparemment.

Cette idée de « c’est écrit », ça m’agace.
Alors, comme ça m’agace, j’observe.

J’observe, comme je l’ai toujours fait, en silence, en affûtant mes yeux pour percer les mystères.

Evidemment, je suis humaine, trop humaine, et les mystères résistent.

Ils résistent, et j’en fais le tour, je les apprivoise, et je finis par leur laisser de l’espace.
Et je me dis que c’est en apprivoisant le déterminisme que le libre-arbitre retrouve toute sa place.

Je ne vais pas vous raconter les marées.
Je ne vais pas vous raconter les loups garous.

Je vais vous raconter mon histoire.
Une histoire simple, autour de la lune.

Le 26 août dernier, c’était encore une pleine lune, car elle n’en a jamais marre, de croire et de décroître, de dessiner des formes dans le ciel.

Ce week-end là, précisément, comme par hasard, une amie et moi avions décidé de faire quelque chose, sans même savoir que la lune pointait son nez. Je parle pour moi évidemment.
« Quelque chose » étant une purge à l’huile de ricin, ce qui parlera peut-être à certains d’entre vous.

Le but étant, de détoxifier, détacher, désinscruster, désinscrire, et bien sûr qu’au delà des intestins je parle des schémas, des habitudes, des chemins du mental tellement connus qu’ils en deviennent des autoroutes.*

Seulement voilà.
Dans ma tête, il y avait seulement cette idée de nettoyer en douceur mon système digestif, de lui offrir une diète de fruit, pour le reposer, l’apaiser, le préparer à la rentrée, l’automne, et tous les combats à venir.
Je dis en douceur, parce que si l’huile de ricin évoque pour certains une purge violente, le simple mot huile évoquait pour moi quelque chose de beaucoup plus doux que disons, avaler des litres d’eau salée en faisant shankaprakshalana.**

Il y avait cette idée, et bien sûr, le défi, aller au delà de ma crainte du jeûne, même tout petit, car la purge impliquait de ne pas dîner le soir.
Aller au delà de mes peurs, les regarder en face, mais dans un environnement serein.

Et puis encore, le mythe de la purification, la diète de fruit, l’idée qu’on ressort neuf et prêt à vaincre toutes les batailles.

Mais tout cela, j’en ai vraiment pris conscience après.

Avant, cette purge était devenue à la fois un besoin pressant et une angoisse irrationnelle.
Mon corps me racontait qu’il avait besoin de faire une pause.
Mon mental transformait cela en une obligation d’ascèse excessive.

Au fur et à mesure que le moment s’approchait, j’observais mon angoisse et me laissais la possibilité de dire non.

Mais j’ai dit oui.
Le soir venu, c’est devenu ludique d’avaler ces 3 cuillerées à soupe d’huile accompagnées de leur demi-verre de jus de pamplemousse.
J’avais lu des témoignages qui racontaient le phénomène de rejet du corps à l’ingestion de l’huile, la violence de la purge.
Rien de tout cela n’est arrivé.
J’étais presque contente d’avaler quelque chose plutôt que rien.
Et le lendemain, à 5h, la purge a été douce, elle ne m’a même pas surprise pas son intensité.
La rupture de jeûne à 14h avec une papaye a été douce aussi, comme la journée, douce, et la purée de courgettes le soir était bienvenue.

Le lendemain, les choses se sont corsées.
Ma tête avait fixé le défi de rester en monodiète jusqu’au mardi midi.
Seulement voilà.

Toute la journée, je me suis battue dans ma tête.
Pour savoir pourquoi j’avais besoin d’aller jusque là.
Pour savoir pourquoi j’avais besoin de transformer cette douceur en violence.
J’ai eu faim. Très faim.
Et je me suis sentie faible. Très faible.
A midi, rien qu’à regarder ma purée de carottes, j’ai eu la nausée.

Et je voulais quand même pousser le défi, ne pas abandonner, continuer jusqu’au lendemain.
Et plus je m’obstinais, plus je me sentais mal.
Pour quoi ? Me prouver que j’étais forte ? Que je pouvais le faire ?
Le prouver à qui ?

Alors j’ai dit stop.
J’ai refait un repas normal le lundi soir.
Et le mardi, l’énergie est revenue.

Et la lune?
La lune, que vient-elle faire dans tout cela, me direz-vous ?
Rien, et tout certainement.

J’ai des amies qui adorent penser qu’elle y est pour tout plutôt que pour rien.
Alors à chaque pleine lune, j’ai le droit aux partages de posts interminables sur les effets de cette lune spéciale.
Je les lis certainement à moitié, parce que je les trouve interminables, justement, et qu’ils pourraient faire cinq lignes en disant la même chose.
Mais c’est devenu un rituel, une occasion de rire, et je me prête au jeu avec joie, toujours dans le plaisir d’observer.
Avec le même amusement que je lis mon horoscope, je traverse ces posts, j’identifie les messages dont j’ai besoin, je les fais miens, et je passe à autre chose.

Et cette fois-ci, le post disait, en substance

Arrête de vouloir prouver à tout le monde que tu es forte.
On le sait.
Tu l’as déjà prouvé mille fois.

Alors j’ai regardé la lune, et j’ai souri.

* Je voudrais rendre à César, et en l’espèce, à Céline, ce qui lui appartient, car l’expression autoroute n’est pas de moi. Merci Céline pour cette belle image.
**Shankaprakshalana est une pratique de Yoga qui consiste à boire de l’eau salée en grande quantité et réaliser une série précise de posture, avec le but énoncé plus haut, détoxifier l’organisme et le mental. C’est une pratique qui remue le corps et le mental en profondeur, elle n’est pas à prendre à la légère. Vous pouvez en trouver la description ici par exemple.

 

Leave a Comment

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*